TDM tandem

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Du 1 au 5 Octobre : L'Haryana en Inde

Namaste,

 

Fini le Ladakh, la tranquillité, les beaux paysages d’altitude, les successions de montées et descentes, la douce température, place à l’INDE, la vraie, celle des Indiens, des déchets, de la chaleur et des reliefs plats. Voilà un portrait bien négatif, et pourtant, l’Inde nous renvoie une image peu encourageante durant notre trajet en bus de Kullu à Panipat et particulièrement à Panipat même. Notre couleur de peau nous vaut systématiquement des prix multipliés par deux et la négociation ne nous amuse plus autant qu’à nos débuts en Inde. La facette « filou » de l’Indien se révèle un peu trop présente à notre goût et particulièrement dans les grandes villes. Ce début renforce nos préjugés déjà bien implantés sur le fait qu’il va être difficile d’échanger avec plaisir avec les locaux. Bien heureusement, notre première journée de vélo va tout faire pour nous faire « bouffer » nos préjugés honteux (pour notre défense, c’est bien souvent des rencontres cyclo qui nous ont gravé ces idées dans la tête). Il faut avouer que les Indiens vont tout faire pour nous montrer une bien meilleure facette d’eux même.

 

Aussitôt sortie des grosses agglomérations, les petites routes secondaires se révèlent plus propices, les attroupements autour du tandem sont plus mesurés (seulement une vingtaine de personnes…). On prend le temps de s’arrêter, de discuter avec les locaux qui se montrent extrêmement accueillants, tellement accueillant qu’ils font même concurrence à l’Iran durant cette première journée. Un comble, jamais nous n’aurions pu l’imaginer ! Les Invitations à manger ou à prendre le thé ou un rafraichissement se succèdent. Celles à dormir aussi.

 

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Invitation à manger par le "Pandat ji" (prêtre) d'un temple, à gauche sur la photo

 

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Avouons le, nous avons entendu tellement de recommandations sur l’Inde (la suivante résume toutes les autres : « ne faites jamais confiance aux Indiens »), qu’il nous est difficile de ne pas être méfiant lorsque des gens nous invitent, crainte dont nous n’avons pas l’habitude depuis le début du voyage. De toute façon, les maisons sont trop loin de notre route, ce qui nous simplifie la tâche et ne nous met pas face au dilemme. Finalement, un local finira même par nous payer une chambre d’hôtel haut de gamme à Jind, chambre dont le confort ne nous est pas habitué.

 

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En Inde, nous sommes des extraterrestres. Prenez deux étrangers (nous n’en avons pour le moment pas vu dans la région), un géant et une femme blonde aux yeux bleus (des caractéristiques atypiques ici), ajouter un tandem (vélo qui n’existe bien sur pas en Inde) avec une remorque, vous avez là de quoi générer des attroupements conséquents. Le principe est simple : un Indien à l’arrêt en attire un autre. Autrement dit, plus vous restez longtemps à un endroit et plus l’engrenage s’accélère car plus l’attroupement sera gros et plus il suscitera d’attention et attirera encore plus de monde, etc…. On ne s’arrête pas pour réaliser les innombrables photos qu’on nous réclame. Soit dit en passant, en Inde, les règle sont inversées, ce n’est pas le touriste qui prend des photos mais les locaux. Les véhicules s’arrêtent, nous prennent en photos et repartent. Beaucoup se mettent à notre niveau et discutent un moment avant de continuer leur route.

 

Mais revenons à mon package extraterrestre et zoomons sur un élément plus particulier, la femme blonde aux yeux bleus. Celle-ci suscite un engouement tout particulier, dure de délimiter la frontière de quand cet engouement devient malsain. On me dégage gentiment des photos pour avoir le privilège d’avoir une photo en duo avec la femme blonde aux yeux bleus. Et que je te décharge des sacoches, que je t’amène une chaise lors d’un arrêt, que je t’offre un jus d’ananas frais, bref, cette femme là suscite bien des attentions et bien des fixations du regard. Je ne sais trop quel élément suscite finalement le plus d’intérêt entre le tandem ou la femme blonde aux yeux bleus.

 

Notre deuxième journée sera encore chargée en émotion, décidément les Indiens ont décidé de nous surprendre ! Nous roulons cette journée là au milieu de très nombreux singes, sagement assis le long de la route et croisons de nombreux water Buffalos et vaches à bosses. Les fours à briques se font légion sur les bords de route, les rizières laissent place aux champs de coton et de choux, les chevaux d’attelage à des dromadaires, le climat devient plus sec, la végétation plus rare : ça commence à sentir les prémices du désert.

 

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Coton

 

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Récolte du coton

 

Nous sommes à la veille d’une élection et l’ambiance s‘en fait clairement ressentir : les hauts parleurs grésillent à longueur de journée, les voitures agitent des drapeaux à la couleur de l’un des plus de 90 candidats en liste et nous nous retrouvons même au milieu d’immenses convois de voitures et motos scandant le nom de leur candidat.

 

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Convoi pour le parti "Baba"

 

Mais il faudra attendre le soir pour les véritables surprises de la journée. Alors que nous cherchons un endroit où passer la nuit, on nous mène finalement à un temple  hindou où l’on nous propose une pièce qui ressemble surtout à une cave au premier abord. Cela fait très bien l’affaire malgré tout. Mais, comme de partout en Inde, notre présence reste rarement longtemps inaperçue et c’est bientôt plus de 30 personnes qui se serrent dans notre pièce, et bien plus encore au dehors. Notre cave se transforme peu à peu en chambre, on nous amène un gros climatiseur, puis des lits de camp, des matelas et des chaises. Les gens défilent, nous présentent chacun des membres de leur famille. Les enfants, rigolent, nous font leur plus grand sourire et se battent pour nous serrer la main et se faire prendre en photo avec nous. On nous propose pâtisseries, thé, rafraichissement et compagnie puis l’on nous sert un repas extrêmement copieux. On nous explique que l’on n’a jamais vu d’étranger avant dans le village et chacun veut donc être introduit aux étrangers que nous sommes. Nous sommes reçus comme des dieux et l’on essaye de nous accommoder dans les moindres détails. La présence de monde en permanence est par contre extrêmement fatigante, il ne passe pas une minute durant 3 heures sans que nous ne soyons entourés d’au minimum 10 personnes (mais le chiffre a bien du monter à 50 à son maximum), et quand nous refermons finalement la porte de notre pièce (en prenant soin de colmater les ouvertures sans quoi c’est encore des dizaines d’yeux qui nous scruteraient encore pendant des heures), nous sommes totalement lessivés. Le lendemain, on insiste pour nous faire visite toutes les curiosités de la ville et il est bien difficile de reprendre finalement la route.

 

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Nuit à Tosham

 

Nous arrivons finalement le soir dans un autre village, celui de Bahal, où une famille aisée nous offre une chambre pour la nuit. Nous ressentons vraiment durant ces derniers jours des différences assez importantes de niveaux de vie entre les familles que nous rencontrons. La plupart d’entre elles vivent très simplement sans toutefois être pauvres comme nous l’avons vu au Népal. Seules certaines d’entre elles se distinguent par de riches maisons. Ce soir, la famille qui nous accueille a même un serveur. On nous expliquera plus tard que bons nombres de familles ont serveurs, femmes de ménages, chauffeurs et cuisiniers à Delhi. La coutume Hindoue veut que les invités mangent toujours avant. On surveille donc constamment nos moindres réactions lorsque nous goûtons un plat. On nous explique aussi que dans la culture Hindoue, les invités sont considérés comme des Dieux, ce qui nous vaut toutes ces attentions. Nous profitons de ce pied à terre à Bahal pour laisser notre tandem et rejoindre Delhi en bus afin de réaliser en transport en commun le triangle d’or (Dehli, Agra, Jaipur), que de si nombreux cyclistes nous ont formellement déconseillé en vélo du fait de la très forte population de cette zone.

 

Si le médecin du voyage qui nous a vacciné et fait les recommandations nous observait manger ici, il s’arracherait les cheveux. Pas d’eau locale, pas de laitage, pas de crudités déjà épluchées, pas de beurre qu’il disait. Faux, faux, faux et encore faux, nous passons notre temps à braver les interdits sans quoi les gens seraient sans aucun doute vexés que nous refusions la nourriture qu’ils nous ont si gentiment préparé, et aller leur expliquer que votre médecin vous l’a déconseillé !! Passe encore dans les restaurants des grandes villes, mais sinon, il nous parait impossible de respecter ces règles dans les petits villages que nous traversons. Pourtant, l’hygiène est réellement déplorable, il vaudrait mieux parfois fermer les yeux plutôt que de voir ce que nous voyons sans quoi nous ne mangerions plus. Les mains qui travaillent la pâte des chapattis (pain local), ont juste au préalable servies de mouchoir, de peigne, ont été léchées et toutes ces énormités en l’espace de seulement quelques minute. Autre exemple sympathique, après nous avoir servi du lait sucré dans lequel nous avons à peine trempé les lèvres, le serveur du « boui boui » retire du verre avec ses mains (très sales, il s’agit de celui dont nous parlions avant !) les mouches qui se sont noyées dans nos verres entre temps, et reverse le contenu dans la marmite de lait conservée à température ambiante qui servira à remplir le verre des clients suivants. Dernier  point difficile : les épices. Malgré le fait que nous précisions en permanence « no spicy », et que l’indien en face de vous, vous réponde systématiquement « yes, OK », les plats sont systématiquement trop épicés et mélangés à du chili et nous font transpirer à grosses gouttes (vu la chaleur, nous nous en passerions bien !). Seul point positif, il me faut donc finir tous les plats d’Elise qu’elle n’arrive réellement pas à avaler !

 

La région de l’Haryana nous a épatés en seulement quelques jours par ses bonnes intentions, ses routes ombragées que nous apprécions avec cette chaleur, ce beau soleil, et ses très nombreuses rencontres. Nous n’avons que plus envie de continuer de pédaler direction le Rajasthan après notre pause « visites ». 



10/10/2014
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