TDM tandem

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Du 14 octobre au 3 novembre 2014 : Le Rajasthan à l'ouest de l'Inde

Nous voilà revenus à Bahal où notre vélo nous attend sagement. Nous y passons la soirée et reprenons la route le lendemain matin. Nous  entrons alors dans une nouvelle région, le Rajasthan, qui devrait nous occuper ces quelques prochaines semaines.

Pour notre premier soir, nous sommes accueillis par Moustakim, professeur d’Anglais, qui nous invite dans sa maison familiale, au cœur d’un petit village où l’on nous reçoit extrêmement bien comme nous l’avions déjà vécu en Haryana. Ici comme presque partout en Inde, toute la famille « élargie » vit sous le même toit : grands parents, parents, enfants et leur conjoint, petits enfants. La maison compte ainsi plus de 25 personnes ! Il s’agit d’une famille musulmane et les femmes nous semblent encore bien plus effacées ici qu’elles ne l’étaient en Iran. Le port du voile est obligatoire dès 18 ans. Nous ne passons donc la soirée qu’en compagnie des hommes qui s’adressent d’ailleurs assez peu à Elise. On nous expliquera que les mariages d’amour sont reconnus en Inde mais pas dans ce village qui ne tolère que les mariages arrangés. Dans notre famille d’accueil, les deux « patriarches » décident pour tout le reste de la famille. Les femmes sont presque toujours mariées à 18 ans, parfois plus jeunes et les hommes souvent à 21. Malgré toutes les gentilles et bonnes attentions, nous avons du mal à nous sentir à l’aise du fait de ces mœurs qui restent bien différents des nôtres. Il est encore une fois bien difficile de repartir le lendemain matin alors que l’on insiste à de multiples reprises pour que nous restions un jour de plus dans le village. Mais rester avec des dizaines de personnes toutes une journée demande une forme olympique !! et nous ne sommes pas sur de l’avoir.

 

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La famille à peu près au complet

 

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Nous reprenons finalement la route qui s’annonce toujours un peu plus désertique. La température grimpe également, nous avons droit à du 36, 37°C au plus chaud de la journée. Nous commençons à voir le long de la route de nombreuses cases en paille qui remplacent en parti les bâtiments « en dur ». Les cultures de coton disparaissent au profit des champs de melons et de pastèques. Une autre culture apparait : il s’agit des cacahuètes. Après en avoir vu plusieurs trainées au sol, nous nous rapprochons des plantations afin de vérifier qu’il s’agit bien de plants d’arachides. Mais après avoir scruté en détail, pas la moindre cacahuète en vue, nous nous disons que la récolte doit être finie. Finalement, un agriculteur s’approche et arrache sous nos yeux un plant : les cacahuètes sont en fait les racines du plant, on aurait pu les chercher encore longtemps….ça ressemble à des pommes de terre nouvelles.



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Cases en paille


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Plant de cacahuète


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Champ de cacahuètes


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En cours de récolte...

 

L’Inde est définitivement un pays de contraste et nos journées oscillent toujours entre de très bons et de moins bons moments. S’il ne passe quasiment jamais de journée sans de bonnes surprises, il est également rare que nous n’en ayons pas de mauvaises et il n’est pas toujours évident de faire prévaloir le bon côté des Indiens que l’on rencontre sur le mauvais. L’un des points redondants est les petites escroqueries qui sont permanentes ici (les commerçants développent dans ce domaine une énergie décuplée par rapport à tous les autres pays que nous avons traversé) : erreur sur le montant de la facture d’un restaurant, erreur sur le rendu de la monnaie, surestimation des prix qu’il nous faut négocier fermement, ajout d’une taxe sortie de l’espace, et tellement d’autre …  Mais nous avons aussi à faire à quelques comportements bizarres : Elise se réveille en plein milieu de la nuit et surprend un homme à nous observer par la fenêtre durant notre sommeil, un homme sorti de nulle part nous demande notre certificat de mariage, un autre exige notre passeport alors qu’il n’est pas policier, des jeunes en moto cherchent à tous prix à nous faire arrêter pour nous prendre en photo et agrippent notre guidon pendant que nous roulons pour nous obliger à stopper… Et puis forcément, au moment où nous rageons le plus contre un indien malhonnête  ou au comportement déplacé, il y en aura toujours un bien intentionné pour nous taper la causette, nous offrir thé, rafraichissement ou nous inviter à dormir chez lui et nous rappeler qu’il y a tout aussi bien du très bon que du très mauvais en Inde. Malgré tout, toutes les bizarreries que nous voyons nous invitent toujours à être un peu sur nos gardes et ne pas accorder notre confiance trop facilement, ce qui est bien dommage.

Notre route nous amène ensuite à la ville de Bikaner où nous restons une journée. Nous y visitons tout d’abord le beau Jain temple, richement décoré et coloré, aux extérieurs blancs  et à l’allure pyramidale. Pour l’explication le terme « Jain » désigne une religion qui prône le respect de toute forme de vie, la non violence, la vérité,... Tout cela  n’est pas là pour nous faciliter la tâche pour comprendre les tenants et aboutissants de chacun des symboles et de ces nouvelles pratiques pour nous.


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Jain temple

 

Nous baroudons également un peu dans la vieille ville et assistons au train train quotidien Indien : dromadaires nonchalants déambulant au milieu des motos et des rickshaws, femmes occupées à sonder  à la main les canalisations d’égouts à la recherche de l’on ne sait quoi, motos et vélo franchissant les barrières abaissées du passage à niveau de train (on se demande l’utilité de ces barrières…), vaches campées au milieu des tas de déchets à la recherche de quelque chose à manger…..

 

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Sondage des égouts


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On ne peut qu'admirer....


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On ne peut que le plaindre....


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Vendeur de rue

 

Nous visitons également le beau fort de Bikaner. Il ne sera pas question ici de Shah comme en Iran ni de Pachas tel qu’en Turquie mais bien de Maharajas.


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Après Bikaner, notre route nous amène à Deshnok où se trouve un temple hindou assez étrange, celui de Karni Mata. Ce temple accueille de très nombreux rats qui sont nourris et se déplacent librement dans le bâtiment par ailleurs assez simple. Ils sont vénérés par des millions de visiteurs qui voient ces animaux comme étant la réincarnation de leurs défunts. La visite s’effectuant pieds nus, il n’est donc pas impossible qu’un rat vienne vous chatouiller les orteils, mais ceci serait à priori de mauvaise augure dans les croyances….

 

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Temple de Karni Mata


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Et ses rats...

 

Après cette rapide visite, nous reprenons la route jusqu’ à Kolayat où nous passons la nuit. Jolie ville de pèlerinage pour les hindous où de nombreux temples entourent le lac central, recouvert de nénuphars et de lotus.

 

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Nous faisons ensuite le choix des petites routes et nous enfonçons toujours un peu plus dans le désert du Thar où les paysages sont assez secs. Nous faisons un arrêt assez étrange dans le village de Bishnok. A notre arrivée, un chien enragé agressif tient en respect bon nombre de villageois dont certains abaissent en urgence la porte métallique de leur boutique pour éviter de se faire mordre à l’approche de l’animal. Finalement, nous assistons à la mise à mort de l’animal à coup de bambou (notons quand même que le bourreau se montre assez prudent et conserve toujours ses distances…). Bien qu’assommé à 3 reprises, le chien finit toujours par se redresser et montrer à nouveau les dents. Finalement un bon coup de bambou sur le museau en viendra à bout. Situation assez improbable.

 

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Sur notre route, on nous offre à plusieurs reprises melons et pastèques en cours de récolte. Nous voyons également des plants de moutarde. Ici, les Indiens ne semblent pas connaitre la moutarde en « purée » tel que chez nous (vu leurs épices qui arrachent, notre moutarde n’aurait probablement aucun goût pour eux). Ils l’utilisent uniquement pour faire de l’huile.

La route nous offre aussi la vue de quelques coutumes Hindoues assez rigolotes. Nous croisons à plusieurs reprises des arbres auxquels sont suspendus de nombreux vêtements. Ces arbres se situent toujours en dehors des villages et y accrocher les vêtements a pour but d’éloigner le malheur des personnes à qui ils appartenaient. Dans le même registre, nous longeons à un moment donné une routes bordée de centaines  (de milliers ?) de paires de tongues qui ont été abandonné sur le bas côté. Cette route est en fait pratiquée par de très nombreux pèlerins qui se rendent à un temple connu. Lorsque leur vœu s’y réalise, il est de coutume de laisser sur le côté de la route ce qu’ils ont au pied. A en voir le nombre de paires de tongues impressionnant,  les vœux semblent se réaliser à la volée.

Nous arrivons enfin à la ville de Jaisalmer, situé à l’endroit le plus aride du Rajasthan. On y apprend qu’un enfant de 7 ans peut ne jamais avoir vu la moindre goutte de pluie…. Malgré tout, la ville peut recevoir 15cm d’eau sur une bonne année,  cela est donc assez aléatoire.

La ville est surtout connue pour son fort imposant composé de plus de 90 bastions et dans lequel  vivent plus de 1200 personnes. L’eau étant rare, le fort est conçu pour récupérer toutes les eaux pluviales sur chaque bout de terrasse, cette eau étant ensuite acheminée dans les étages inférieurs et stockée au sous sol. Ce site reste le plus touristique que nous ayons traversé en Inde avec grand nombre de magasins de touristes dans l’enceinte du fort. (on ne connaissait pas encore Udaipur)

 

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Fort de Jaisalmer


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Vue de l'entrée principale


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Jain Temple


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Voute


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Alors que nous sommes dans la ville, les Indiens fêtent « Diwali », la fête Indienne la plus importante durant laquelle les familles se réunissent, mangent de copieux repas, prient et font exploser des feux d’artifice à la nuit tombée. Les gamins de tout âge s’amusent à faire exploser des pétards sans la moindre précaution et ceci au grand désespoir d’Elise. C’est le début d’une nouvelle année et tout est nettoyé à fond pour les prochains mois.

 

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Petit détour par la ville de Khuri, connue pour ses dunes de sable. Nous assistons avec amusement aux courses de dromadaires (c’est que ça galope ces bestiaux !), systématiques à chaque approche d’un véhicule motorisé au pied des dunes. Chaque « camelman » tentant sa chance afin de proposer en prem’s un « camel ride » en échange de quelques roupies. Les Indiens sont bon publics et il ne leur faut pas longtemps pour se retrouver à crapahuter en haut du dromadaire. Le site est sympathique à voir et la route qui en repart serpente au milieu de beaux paysages désertiques ensablés et de petites dunes.


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Un peu avant Khuri


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Les dunes


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Hébergement en huttes


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Route après Khuri


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Arrivé à Barmer, nous sommes hébergé pour la première fois par un couchurfer (même principe que warmshower mais destiné à tous et non seulement aux cyclos). Notre hôte, Chandra, gère un petit business florissant, qui profite à toute sa famille élargie (qui dit famille élargie vivant sous le même toit dit aussi mise en commun des revenus pour l’ensemble de la famille). Attablés au seul bar de la ville à siroter un petit Mojito, Chandra nous en dit un peu plus sur le système des Castes, très présent en Inde bien que non reconnu par la constitution. Pour essayer de la faire simple, chaque individu appartient dès sa naissance à l’une des 4 castes que l’on peut définir de la façon suivante : les prêtres et érudits, les businessmen, les serviteurs et les « nobles ». La vie sociale s’organise autour de ces 4 castes. Par exemple, un mariage ne se fait généralement qu’entre deux membres d’une même caste. Quand nous en demandons la raison, on nous explique que les personnes d’une même caste sont plus à même de se comprendre et donc de s’aimer sur le long terme : elles ont baigné dans le même domaine d’activité, elles pratiquent les même fêtes (celles-ci seraient différentes selon les castes)… Bien évidemment, il y a des exceptions.


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Nous rencontrons également dans la ville quelques jeunes Français qui travaillent dans le domaine pétrolier. Il semblerait que la région aie un fort potentiel dan ce domaine et des jeunes géologues croisés plutôt sur la route nous avaient annoncés un changement du paysages dans les prochaines années.

Notre route nous éloigne désormais du désert, et à notre grand désespoir, nous devons faire avec des attroupements de plus en plus fréquents autour du vélo, qui peuvent parfois être pesant. L’espace privé n’existant pas en inde, il faut repousser les Indiens qui s’approchent toujours plus du tandem jusqu’à y être collé (et nous étouffer au milieu par la même occasion). Les pauses commencent à être stratégiques. La pause « chai » avec tandem ne peut s’accorder avec la proximité d’une ville : même avec votre meilleure forme, le regard de 100 indiens et leur rire quand vous soufflez sur votre thé bouillant pour le refroidir peut se révéler lourdingue quand l’action se répète.

 

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Elise gère plutôt bien l'espace de sécurité autour du tandem


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Un qui mange, tous les autres qui regardent : faisons l'air de rien

 

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Femme portant les bijoux typiques des "tribus" locales


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Nous arrivons à Ranakpur, emplacement d’un immense et superbe temple Jain qui s’élève sur plusieurs niveaux. Composé de 1444 colonnes en marbre blanc, toutes différentes, et dont le moindre centimètre carré est sculpté, le site est impressionnant par la minutie des sculptures qui recouvrent tous le bâtiment.

 

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Temple principal du site de Raknapur


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Intérieur du temple


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A partir de là nous empruntons une superbe route au milieu de petites montagnes. Le dépaysement est total : fini le désert, place à la verdure et aux arbres aux fruits de la passion, aux petits villages paisibles. Les pentes sont parfois raides mais comme toujours, le relief embellit tout de suite les paysages, rien de tel pour vous motiver à grimper. Des singes d’un nouveau genre font leur apparition et nous regardent passer sagement assis le long de la route sans broncher ou presque (il est assez facile de leur faire montrer les dents si vous essayer de les effrayer : on a tenté l’expérience….). Nous arrivons enfin à Udaipur.

Udaipur, dernière étape dans cette région où le nombre de forts fait concurrence aux châteaux de la Loire. Cette ville est construite autour d’un lac dont le niveau de l’eau dépend des moussons. Elle est aussi nommée la Venise de l’Orient comme d’autre d’ailleurs. Nous prenons notre temps pour faire le tour des petites ruelles calmes. Les quartiers nous réservent moins de surprises que les autres villes mais l’animation est toujours présente. Les ânes chargés de gravats bousculent les 2 roues garées sur le bord de la route en évitant les rickshaws, des groupes de musiciens tambourinent des airs de fanfares, les gens prennent leur douche dans le lac au milieu des détritus, … Les sourires sont là.


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Udaipur

 

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Préparation du "tchai"

 

Nous visitons le Jagdish temple au centre de la ville puis le city palace. Cette fois, on se dit qu’on a fait une bonne boulette. On est dimanche et on choisit de faire une des plus grosses visite touristique de la ville. Ça donne juste une visite à l’identique d’une file d’attente d’attraction à Disney mais sans l’optimisation des flux. Bref, la queue de la cantine au lycée pour atteindre le self, de la rigolade à coté. Entre 2 coups de coude, on a pu constater que les pièces de vie étaient différentes des autres sites visités. Pièces aux couleurs bleutées, fontaine au milieu de grand patio avec ombre et bancs, jolies cages à oiseaux… Autre style sympathique. Nous profitons aussi de ce petit air frais pour se creuser la tête pour le planning des prochaines semaines.

 

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Intérieur du city palace

 

Avouons-le, l’un des meilleurs souvenirs qu’il restera d’Udaipur sera l’un de ses restaurants locaux. Nous y mangeons un énormissime Thali (le repas  local). Là où les boui boui de campagne nous proposent deux plats et un type de pain à volonté, nous avons droit ici à 10 plats différents, ainsi qu’à 3 sortes de pains et de pâtisseries, le tout à volonté et à prix Indien, un régal !!

 

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Le Rajasthan s’achèvera ici. Depuis Udaipur,  nous prendrons un bus pour Mumbai afin d’éviter les gros axes routiers entre les deux villes, difficilement contournables et peu appréciables en vélo, avant de continuer notre route en tandem vers le Sud de l’Inde.



17/11/2014
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