TDM tandem

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Du 15 au 27 Juillet 2015 : Le nord de la Bolivie et l’extrême nord du Chili

Hola,

 

Après avoir dépassé le « checkpoint » de Tilali, du côté Péruvien, où nous n’avons vu personne, nous atteignons la ligne de frontière entre le Pérou et la Bolivie par une piste en assez mauvais état. Aucune structure d’immigration, pas un véhicule, pas un homme : le site est tout simplement désert. Les deux portes drapeaux situés de part et d’autre de la frontière sont vides et entourés d’un bon nombre de bâtiments abandonnés (serait-ce un avant goût de la Bolivie ?). Tout ceci en fait la frontière la plus relax que nous ayons traversé. Une dernière section de piste rocailleuse et nous atteignons la ville de Puerto Acosta où nous attend l’immigration Bolivienne.

 

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La ligne de frontière entre les 2 pays : Bolivie et Pérou

La vie du côté Bolivien semble se dérouler dans la continuité de celle des Péruviens. Ils tirent profit des berges fertiles qui entourent le lac Titicaca. Dès qu’on s’éloigne un peu des abords du lac, on est vite frappé par la sécheresse des paysages où domine une pampa jaune qui contraste avec l’eau bleue du lac. Dernières vue sur cette belle étendue et la magnifique Cordillera Real, couronnée de neige, apparait pour ne plus nous lâcher jusqu’à notre arrivée à La Paz, s’étendant sur notre gauche en une ligne parfaite. Cette section donne tout son sens au terme d’altiplano sur lequel nous nous trouvons. Le terrain est globalement plat et nous avoisinons les 4000m d’altitude.

 

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 Paysage typique de l'altiplano avec la Cordillera Real en fond 


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Le séchage de l'avoine pour les animaux


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 Les jolies embarcations colorées du lac Titicaca

 

Avant d’atteindre La Paz, nous passons par la ville de Achacachi. Nous sommes un des nombreux jours de fête nationale du pays et l’ambiance est pour le moins festive, tous le monde est dans la rue, les femmes dansent une bouteille d’alcool à la main, des groupes jouent de la musique et les tenues traditionnelles dont l’indispensable chapeau rond nous donne l’impression d’être à une autre époque. Le mot d’ordre semble être de ne plus tenir debout en fin de journée. Il y a là dedans un petit air des ferias de Bayonne. Il découle de cette anarchie des odeurs totalement immondes partout dans la ville: un mélange d’alcool et d’urine (autant vous dire que les hommes ne s’embarrassent pas trop et n’ont pas besoin de se retourner pour évacuer le trop plein).

 

L’arrivée sur La Paz le jour suivant est juste impressionnante, on arrive sur les hauteurs de la ville avec une vue parfaite sur la capitale dont la Plaza de Armas se situe 500m d’altitude plus bas. La ville s’étend sur tous les pans de montagne avoisinants. Elle est non seulement belle mais aussi étonnamment facile d’accès. 20km de descente via l’autopista nous amènent directement au cœur de la ville. Le plan initial était de rester à la très appréciée casa de ciclistas de Christian mais une épidémie au sein de la casa à inciter son propriétaire à la mettre en quarantaine en en restreignant l’accès aux nouveaux arrivant dont nous faisons parti. Nous nous rabattons donc sur une auberge de jeunesse au centre ville qui fera parfaitement l’affaire.

 

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Le téléphérique rouge de La Paz


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La ville de nuit


Au programme, visite de la ville mais surtout accomplissement de toutes les tâches qui incombent aux  cyclo-voyageurs quand il a le malheur de s’arrêter : réparations en tous genre (sacoches, selles, pédales…), achat de polaires supplémentaires ainsi que de nouvelles chaussures pour Elise en prévision des grands froids de la Bolivie, ravitaillement, change d’argent, mise  à jour du blog, préparation de l’itinéraire suivant, renouvellement d’assurance, réponses aux mails, coiffeur, etc,etc,etc…. De quoi occuper allégrement 3 journées complètes sans presque jamais s’arrêter. Cela nous permet de parcourir la ville de fond en large dont l’immense marché du dimanche qui occupe une partie immense de la capitale. On y voit notamment des articles de sorcellerie (dont des fœtus d’alpagas et/ou de lamas) ainsi que des courges d’une taille jamais vue auparavant. Les femmes (certaines allongées) siègent à même le sol au milieu de piles de légumes ou autres articles en tous genres. C’est probablement la capitale que nous ayons traversée où la tenue traditionnelle est la plus portée. On aime bien aussi les « shops » qui vendent uniquement des œufs et … du papier toilette… Pourquoi cette association (le Papier WC  serait-il utiliser pour protéger les œufs pendant le transport) ? On retrouve ici un pain qui ressemble de très très près au pain français et ça fait bien plaisir surtout quand on le recouvre d’une couche de confiture de lait.

 

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 A partir de là, le temps nous est compté : nous devons en effet rejoindre Lydie et Patrick 3 semaines plus tard à Uyuni. Il nous faut donc tenir des délais qu’il n’est pas forcément évident d’estimer puisque la quasi-totalité de l’itinéraire prévu est en piste avec quelques sections qui s’annoncent difficiles (poussage à prévoir). Après notre expérience sans la remorque au Pérou, nous y avons tellement pris goût que l’on a qu’une envie : s’en débarrasser à nouveau mais si possible de façon définitive cette fois ci. Nous laissons à La Paz un gros colis comprenant notre remorque qui nous sera ramené ensuite par Lydie et Patrick à Uyuni où nous aviserons de la possibilité de la ramener en France par avion.

 

Avant d’entamer cet itinéraire, la Bolivie aura susciter de nombreuses questions car si les paysages semblent superbes, les « contraintes » semblent illimitées : difficulté et manque de choix dans le ravitaillement ce qui implique du portage, grand froid renforcé souvent par un vent assez fort (ce qui nous fait le plus peur car nous ne nous sentons un peu juste au niveau équipement contre le froid), mauvaise qualité des revêtements (sable, tôle ondulée…), nourriture que l’on nous a souvent décrite comme pas fameuse, moyens de communications limitées…. Bref, à certain moments, on se demande bien pourquoi on veut faire tout ça même si on connait la réponse : les paysages.

 

Pour sortir de la ville, nous sommes obligés de revenir sur nos pas. Or souvenez vous, nous avons du descendre de 500m de dénivelé qu’il nous faut donc faire en sens inverse sur une voie rapide. Pas très motivant : on loue donc les services d’un combi juste pour nous qui nous monte tout notre barda à El Alto, le point haut de la ville où nous enfourchons le tandem.

 

Les deux premiers jours sont un peu monotones quant aux paysages traversés. Le terrain est légèrement vallonné et nous sommes entourés par une pampa sèche à perte de vue, pas le moindre arbre à l’horizon. La route initiale se transforme rapidement en piste dont la qualité laisse vraiment à désirer : déjà un peu de sable mais surtout une majorité de tôle ondulée qui nous secoue dans tous les sens. Mais surtout, ce sont nos sacoches qui n’apprécient peu la manœuvre. Les fentes déjà réparées à deux reprises se propagent sur les plaques rigides arrière très rapidement. A la fin de la première journée, nous arrivons à la tombée de la nuit dans un petit village et en profitons pour demander une chambre pour la nuit. Le prix est certes bas, mais nous découvrons par la suite qu’il n’y a ni toilettes, ni SDB (ce qui n’empêche pas les propriétaires de mettre un panneau « pension » sur la façade).

 

Ce sont les quelques bus qui circulent sur la piste qui assure le ravitaillement de tous les villages qui la jalonne. Ce qui nous frappe aussi en Bolivie, c’est le nombre de bâtiments (aussi bien dans les villages que disséminés dans la pampa) qui paraissent désertés par leurs occupants et nous traversons ainsi des villes où se succèdent les portes d’entrée verrouillées par un simple cadenas. Lorsque nous demandons dans l’un des villages où sont les habitants, on obtient cette réponse assez étrange : « ils ne sont jamais là et ne reviennent que quand il y a une fête »….

 

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 Eglise abandonnée, tout comme le village

 

Une autre problématique qui découle logiquement des précédentes est la difficulté à retirer de l’argent. Suite à des problèmes avec nos cartes bancaires à La Paz, nous n’avons pas pu retirer la totalité de la somme estimée pour ces quelques semaines de pistes. Nous comprenons rapidement qu’il nous sera impossible de trouver un automate avant trois semaines ce qui nous oblige à être très vigilent sur nos dépenses.

 

Le deuxième jour, le volcan Sajama (plus haut sommet Bolivien, à 6 542 m) avec son cône enneigé apparait à notre vue bien qu’assez lointain. C’est aussi le retour des vigognes que nous avions vu pour la première et dernière fois en Equateur et qui nous suivrons sans relâche ses prochaines semaines. Nous bivouaquons peu avant d’atteindre la frontière Chilienne, dans une pampa sablonneuse. Le coucher de soleil nous offre quelques couleurs rouges et roses magnifiques que nous retrouverons à chacun de nos bivouacs. La température baisse aussi à mesure que nous approchons du Chili, moins de -5°C dans la tente au réveil.

 

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Nous arrivons rapidement à Charana, dernière ville Bolivienne avant la frontière. On y fait le plein de vivre pour les 3 prochains jours, qui n’offriront pas de possibilités de ravitaillement. Après avoir fait 5 magasins différents, on finit par trouver tout ce que nous voulions.

 

Le passage de la frontière marque un changement assez net. C’est un grand blanc aux yeux bleus qui nous tamponne notre passeport, un look bien différent des Boliviens. La pièce est équipée d’un radiateur, un luxe que nous n’avions pas rencontré depuis plusieurs mois. A la vue du passeport d’Elise, il remet presque en doute le fait que le passeport lui appartienne : il faut avouer que les joues d’Elise on dédoublées de volume depuis le départ et la photo n’est plus très ressemblante. La piste que nous suivons depuis quelques jours côté Bolivie se transforme en une belle route asphaltée dès le passage de la frontière. Autre nouveauté ce sont les panneaux de signalisation qui jalonnent les routes mais aussi les pistes ! On sent que l’on entre dans un pays plus riche.

 

Petit moment d’hésitation en entrant en Bolivie. On découvre qu’il existe une route directe qui relie la frontière à notre destination en une soixantaine de kilomètres. Les arguments me manquent pour convaincre Elise que la piste raide et sablonneuse de 200 kilomètres qui nous prendra 3 jours au lieu d’un seul est un bien meilleur choix. Heureusement, le douanier me donne un coup de pouce et confirme que la piste est bien plus scénique. On s’embarque donc sur la piste. C’est vrai qu’elle n’est pas un cadeau en soit : des pentes de 10 à 15% par endroit, du sable, de la tôle ondulée, on ne peut pas dire que le Chili fasse mieux que la Bolivie sur ce coup. Les paysages se sont rarement autant méritées mais ils ne nous déçoivent pas et sont justes spectaculaires : des volcans aux couleurs surréalistes avec d’immenses étendues tachetées de vert au  premier plan. Nous prenons de l’eau dans la première rivière que nous croisons que je recrache aussi tôt : elle est très fortement salée. Prévisible vue les tâches blanches de sel qui marquent le paysage un peu partout.

 

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Rivière salée

 

Le soir nous arrivons dans un petit village, Elise part à la recherche d’un habitant, ce qui ne s’avère pas si simple. Comme tant d’autre, ce village semble abandonné, nous ne verrons que deux personnes en tout et pour tout alors qu’il doit bien y avoir une trentaine de bâtisses. Seuls des alpagas et des chiens rôdent dans les ruelles. Finalement l’un des habitants nous propose une pièce pour la nuit et nous en sommes bien contents car le vent amplifie le froid et la nuit sous tente ne nous fait pas très envie vue la température.

 

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Un petit alpaga pomponné

 

La journée suivante nous fait passer par un petit village habité par seulement deux familles. Nous y assistons au dépeçage d’un alpaga destiné à passer à la casserole. L’opération semble finalement assez simple : un bon couteau et c’est parti. On le fait glisser juste sous la couche de laine et on avance petit à petit. L’alpaga est ensuite coupé en steaks qui seront séchés au soleil. La dame nous explique que la viande se conserve ainsi plus d’une année sans problème.

 

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 Préparation de la viande d'alpaga avant que le vent ne se lève et brasse de la poussière

 

La piste nous réserve ensuite une petite surprise : un passage à gué. L’eau n’est certes pas haute mais suffisamment pour devoir déchausser. Pour vous situer, une partie de la rivière est encore gelée et l’opération n’est pas très agréable. Le premier tiers de la traversée est glacial, le deuxième est un supplice, le troisième insupportable. On a l’impression qu’on nous enfonce des objets dans les pieds. On se demande comment notre corps aurait réagit si le passage à gué avait été deux fois plus long vue la douleur déjà ressentie (comment font les cyclos en Islande où les passages à gué sont hauts, nombreux  et avec du  courant ???). Bref, il fait un grand beau temps et tout ça rentre rapidement dans l’ordre.

 

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Il faut se lancer !

 

On toque ensuite à la caserne des « carabinierios » (militaires) d’un des rares villages rencontrés, afin de leur demander s’il est possible de leur acheter un peu de pâtes ou du riz. Ils nous expliquent qu’ils ont interdiction de recevoir de l’argent (afin de limiter les pots de vins et autres déviations). Ils nous donnent donc deux sacs remplis de victuailles. Un vrai sac à surprises, une pépite pour nous. Ceci mérite bien un petit inventaire de tout ce que nous découvrons : tomates, pommes, pâtes, plat « garbanzo au chorizo », plat « pâtes à la viande », dessert aux fruits, pain, muffin à l’orange. Mais aussi pastilles de purification d’eau, sucre, caramels, chocolat, thé, barres énergétiques et boissons aromatisées aux fruits. Et le tout en double et sous forme lyophilisée avec même des sacs permettant de chauffer nos plats préparés sans utiliser notre réchaud. Le grand luxe.

 

Nous traversons ensuite un superbe canyon, faisons le plein d’eau et nous lançons dans une longue ascension de 1200m. A peine élancé que le diable en personne sous la forme d’un pick up s’arrête à notre niveau et essaye de soudoyer Elise afin de mettre le tandem dans la benne : pentes trop raides, sable et froid sont ses arguments. Hérésie, je refuse catégoriquement. Il vient de me mettre un couperet sur la tête car je sais qu’Elise m’attend de pied ferme dès qu’une difficulté va se présenter dans la montée. Mais la suite me donnera raison, nous faisons la rencontre inattendue d’une sorte d’autruche, un nandou, dans la montée, visible de loin du fait de la pampa très basse dans le coin. Vision improbable. Nous bivouaquons finalement à mi chemin de l’ascension, et la finissons le lendemain. Une longue et raide montée qui nous offre de belles vues sur  les immenses canyons en contrebas.

 

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Passage à gué au pied du canyon Allane

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La Quebrada Allane


DSC08545.JPGBivouac dans la pampa


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Ca y est nous avons atteint le sommet mais le panneau triche nous sommes à 4802 m

 

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 La redescente

 

Nous rejoignons finalement l’asphalte et atteignons le sympathique petit village de Parinacota. Si le village l’est, l’accueil des habitants l’est beaucoup moins et l’hôtel est glacial (plus que notre tente !). Le village se situe au milieu de parc national Lauca où la faune est très présente dont les Viscaches que l’on voit partout. Un autre animal du parc est le puma, qui ne se montre jamais aux habitants, mais qui rappelle sa présence par la découverte de reste d’alpagas morts au petit matin !

 

Afin de refaire le plein de vivre pour les 5 prochains jours en autonomie, nous n’avons d’autre choix que de faire un court aller retour en Bolivie, dans la ville de Tambo Quemado. La route longe plusieurs superbes lacs avec en toile de fonds des volcans au cône enneigé.

 

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Le village de Parinacota


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Les lagunes Cotacotani


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Le lac de Charana (Chili)


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Les camions boliviens qui attendent pour passer la douane chilienne

 

L’itinéraire La Paz – Tambo Quemado en quelques chiffres :

-          Distance : 400 km (dont 284 km de pistes)

-          Dénivelé positif cumulé : 5 180 m

-          Durée : 6 jours et demi de tandem

-          Cols : 4

  • Abra Pucamaya : 4 288 m
  • Abra Chapoco : 4 397 m
  • Abra Taapaca : 4 802 m
  • Paso Chungara/Tambo Quemado : 4 686 m

-          Difficultés du parcours : beaucoup de sable et de tôle ondulée, pentes raides côté Chilien

-          Nuitées : 3 nuits sous tente, 1 nuit chez l’habitant, 1 nuit en chambre « rustique », 1 nuit en hôtel

 

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22/08/2015
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