TDM tandem

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Du 28 Juillet au 6 Août 2015 : Le Nord du Chili et le centre de la Bolivie

Bonjour,

 

Tambo Quemado est un petit village frontalier bolivien qui vit dans la poussière au rythme des camions.  Leur moteur ronronne en attendant que les douaniers valident les papiers concernant la marchandise. Tous les routiers sont boliviens et nous n’avons pas vu de camions chiliens faire la queue pour rentrer dans ce petit pays coupé de la mer. C’est d’ailleurs pour cet accès à l’océan que tous les containers et camions citernes suivent la route CH-11 par salve, selon l’humeur des douaniers chiliens. Ils partent en majorité vers les ports de l’océan pacifique où ils ne sont pas taxés pour faire le plein de carburants ou envoyer des marchandises. La Bolivie a en effet perdu son accès maritime lors de la guerre du Pacifique avec le Chili. (voir le lien à la fin de cet article)

 

Nous profitons des « tiendas » de la rue qui compose le village pour faire le plein. Ici, il n’y a que des magasins. Ils ont tous les mêmes produits mais les fruits et légumes manquent à l’appel. Bien sûr, il n’y a pas ici de bureau de change officiel avec des panneaux qui clignotent indiquant tous les taux du jour. Ce sont les « mamitas », leur sac à main rempli de bolivianos et de pesos « chilenos », qui font leur beurre directement avec les routiers. Elles détiennent « Le » taux selon eux ! Evidemment ce taux ne nous va très bien car 10 000 CLP donnent 100 Bs. Certes c’est plus facile pour compter mais chaque centime compte pour atteindre Uyuni et la commission n’est pas négligeable. Laurent veut essayer de se lancer dans le change d’argent directement avec les routiers pour que tout le monde y gagne. Le marché noir : pas si facile ! Nous nous lançons quand même car qui ne tente rien n’a rien. Nous avançons dans la file d’attente où tous les boliviens attendent pour leur camion. Certains sont septiques et préfèrent négocier avec la petite dame au tablier qui attend devant la porte extérieure. Puis c’est l’illumination. Un homme (oui ce ne sont que des hommes) nous interpelle et sort des billets. Puis un second. Ça y est, c’est réussis, nous sommes ravis et repartons pour continuer nos courses. Tous les autres nous interpellent d’un traditionnel « Gringos » avec le sourire, finalement intéressés pour nous échanger de l’argent, mais nous n’avons plus rien.  

 

Nous repartons en direction du Chili par la même route d’où nous sommes arrivés. Après le poste frontière de Chungara, nous voilà partis sur la « route (comprendre piste) » du sable, du sel et du souffre. Nous faisons notre première halte aux thermes de Chirigualla. Ici, il y a une petite cabane en pierre au bord de deux rivières. La première fume et la seconde gèle. Les deux éléments sont très importants car Laurent a fait appel à ses talents de thermicien et a donc rafraichi l’eau du bassin thermal qui était trop chaude avec des glaçons issus de la rivière gelée. Pas de mitigeur thermostatique mais avec un peu de patience et une régulation « tout ou rien » de l’arrivée d’eau nous avons obtenu une eau baignable et très agréable. Nous y passons beaucoup de temps et nous ne sentons même pas l’œuf pourri, une bonne chose car la douche n’est pas prévue pour tout de suite. La dernière a eu lieu à Parinacota dans un froid glacial. Nous dormons dans la cabane et profitons de la petite ambiance bain – bougies (merci au dernier visiteur !) pour nous détendre avant les horribles pistes de sable que nous allons manger les prochains jours.

 

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 Après un petit aller retour en Bolivie pour ravitaillement, nous voilà de retour au Chili !

 

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Régulation de la température à l'aide de blocs de glace


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Ambiance bougies


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Les paysages sont toujours très jolis mais les pistes sont difficiles par la quantité de sable et par conséquent de tôle ondulée qui se trouve en travers de notre chemin. Nous avons aussi pas mal de passages à gué qui nous font beaucoup réfléchir à tous les cyclos qui font le centre de l’Islande à vélo. Nous pensons tout simplement qu’ils sont soit très très bien équipés soit complètement dingues. Mais le nord du Chili ou l’Islande à vélo, quel est le mieux ? Les paysages sont très jolis dans les deux cas …

 

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On brise la glace sur notre passage


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Préparation d'un chemin de pierre pour passer le passage à gué les pieds au sec

 

Au milieu des centaines de vigognes du parc « Las Vicuñas », nous évoluons lentement en direction du « Salar (désert de sel) de Surire ». C’est là que le sel rentre en jeu. Nous découvrons la première grande étendue de sel et de borate de sodium (ou borax) du voyage. La partie ouest de ce site est exploitée par une société qui exporte du Borax en Chine et au Brésil afin de fabriquer des shampoings et des écrans de télévisions. L’autre partie du site est protégée et abrite une faune incroyable. Nous y voyons des flamands roses presque rouges, des suris (ou Nandous en français), des vigognes et les camélidés qui font la renommée des hauts plateaux (lamas et alpagas). Ces derniers sont élevés en masse pour leur viande et leur laine. Ce salar a un autre atout : des sources d’eaux chaudes à ciel ouvert, d’où l’eau sort à une température de 66°C. Cet endroit ressemble au « Blue Lagoon » d’Islande mais ici nous sommes seuls au milieu des montagnes, du sel, des fumerolles et des animaux. Un gros coup de cœur pour ce site hors des sentiers battus ! Nous profitons de ce moment de calme pour détendre nos muscles et Laurent en profite même pour se faire une beauté avec des masques de boue.

 

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Bivouac au milieu de la pampa


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Partie exploitée du salar de Surire


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Contournement du salar pour aller aux thermes


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DSC08900.JPGArrivée aux thermes, nous n'aurons croisé que les gardiens du parc sur la piste


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Bain de boue pour adoucir la peau (très important !)


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 Les thermes de nuit

 

Après un bivouac à quelques mètres des thermes, nous renouvelons l’expérience le lendemain matin, et assistons au lever du soleil depuis un « bassin » par une température extérieure très négative. Dur de sortir de là mais nous reprenons la route pour atteindre le parc du volcan Isluga. Ce volcan est en activité, tout comme celui de Guallatire, et on peut apercevoir des fumerolles à son sommet selon les vents. Les reliefs et la végétation changent régulièrement mais le sel n’est jamais très loin. Nous croisons peu de monde, même sur les derniers kilomètres asphaltés qui nous permettent d’atteindre notre quatrième poste de frontière entre le Chili et la Bolivie.


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Lever de soleil depuis les thermes


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Suite de la piste en direction de la Bolivie


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Les nandous ne sont pas loin !


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 Toujours de très jolies églises

 

L’itinéraire Tambo Quemado – Sabaya en quelques chiffres :

-          Distance : 266 km (dont 203 km de pistes)

-          Dénivelé positif cumulé : 2725m

-          Durée : 5 jours de tandem

-          Cols : 3

  • Paso Chungara/Tambo Quemado : 4 686m
  • Paso Capitan : 4 730 m
  • Paso Tata Sabaya : 4 041 m

-          Parcs et réserves traversés : Parc National Lauca, réserve nationale Las Vicunas, Monument naturel Salar de Surire, parc national Volcan Isluga

-          Difficultés du parcours : Enormément de sable et de tôle ondulée : beaucoup de poussage

-          Nuitées : 3 nuits sous tente, 1 nuit en « cabane » avec bassin thermal, 1 nuit dans local chez habitant

 

Nous atteignons le village semi abandonné de Sabaya. Nous comptons sur ses hébergements pour prendre un jour de repos. Manque de bol, nous sommes dimanche et ce jour là, les 2 hôtels sont fermés. Nous trouvons finalement dans ce village de quoi dormir pour la nuit et refaire le plein avant de parcourir les 2 salars de Coipasa et Uyuni. Les prix de la nourriture dans ce village nous impressionnent car les produits sont parfois jusqu’à 5 fois plus chers que les points de ravitaillement précédents. Nous repartons le lendemain pour nous lancer dans la navigation à la boussole dans ces déserts où le blanc éblouit et le soleil brûle le moindre bout de peau qui n’est pas assez protégé (lèvres, doigts).

 

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 Eglise de Sabaya

 

A l’entrée du salar, le sol sur lequel nous roulons semble être de la neige damée. Nous fixons au loin un sommet à la forme particulière : l’ile de Coipasa. Nous nous rapprochons et ce morceau de terre grandit au fur et à mesure. Tout autour de nous, des formes semblent voler au loin. Nous avons l’impression d’apercevoir des mirages mais ce sont bel et bien des morceaux de terre. Nous ne croisons personne et les traces visibles au début du salar disparaissent pour nous laisser seuls au milieu de cette immensité blanche. Nous contournons une jolie petite lagune aux couleurs orangées. Nos pieds marchent en réalité sur un Salar – Laguna, c'est-à-dire que nous nous croyons sur la banquise car dessous la couche de sel, on aperçoit l’eau ! Un peu « flippant » mais le poids du vélo ne fait pas céder la couche qui nous porte. Quand nous nous rapprochons de la terre, le sol devient à nouveau meuble et nous poussons le tandem plutôt que de forcer pour rouler au pas. Et surprise, pssssittttt !!!! Une crevaison de la roue arrière. Nous croyons revivre le coup de la route péruvienne avec les rustines qui ne tiennent pas. Nous avons une colle vraiment de mauvaise qualité, c’est confirmé. Nous finissons la journée dans une chambre à l’abri du froid et du vent à proximité de la place de Coipasa. Résumé des aménagements sanitaires que l’on rencontre dans le village: pas de toilettes donc par conséquent pas de douches et eau à puiser au puits. Mais rassurez vous, les enfants peuvent jouer sur internet toutes les fins de journée sur des ordinateurs.

 

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Salar de Coipasa


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Crevaison, quelle mauvaise blague !


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Nous poursuivons la route sur la fin de ce salar. Les « revêtements » changent de couleur et de forme. Nous voyons des formations alvéolaires, des zones lisses, … Le cap nous réussit bien et nous atteignons l’autre bout sans difficultés malgré les désaccords que l’on a en interne sur la mise en place des bons angles sur la boussole.

 

Entre les 2 salars, nous avons à faire à une piste sableuse qui nous en met pleins les chaussures. On pousse, on est secoué dans tous les sens, on force, ….nous atteignons péniblement le petit village encore à moitié abandonné de Challacollo. Nous y passons la nuit avant de repartir sur un sol tout aussi sableux mais cette fois plus dure grâce à la température négative du matin. Nous traversons la ville presque vivante de Llica, foulée par le Dakar en 2014 et 2015. Les bonnets tricotés ne sont cette fois ci pas à l’effigie des lamas ou de la Bolivie mais bien à celle du Dakar. Les publicités fleurissent un peu de partout pour ce rallye qui m’a toujours impressionné. Heureusement que les vélos n’y participent pas, ce serait trop dur. Le sable est l’ennemi du cycliste mais pas des organisateurs du raid. 

 

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 Entre les deux salars

 

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 Proche de Llica, à l'entrée du salar de Uyuni

 

Llica est également la porte d’entrée du Salar de Uyuni. Il est le plus vaste désert de sel au monde et est une vraie mine « d’or blanc» pour la Bolivie. Là, sous nos roues, se trouve en effet le plus gros gisement de lithium au monde, encore inexploité à l’heure actuelle ! Avec ses deux voisins, le salar d’Olaroz en Argentine et le salar d’Atacama au Chili, ils regroupent l’essentiel des réserves mondiales, dont 50% rien que dans le salar d’Uyuni. A l’heure où le lithium est indispensable pour la conception de toutes les batteries de nos appareils électroniques mais également des voitures électriques, il n’est pas dur de voir l’enjeu économique de telles réserves. Une ressource qui intéresse bien plus le gouvernement que les maigres retombées économiques des touristes qui font les tours en 4x4 dans cette immensité blanche.

 

Nous traversons de nouveau ce salar au cap, en visant cette fois-ci la plus grande ile du salar. Elle s’appelle Isla del Pescado ou Isla Grande selon les cartes. Nous atteignons celle-ci après des heures de pédalage au milieu de rien. Seul la brise et le craquement des « joints » de sel entre les « dalles » perturbent le silence. Nous plantons la tente au pied de cette petite zone rocheuse recouverte de très grands cactus candélabres. Le coucher de soleil nous offre de magnifiques couleurs et le panorama est impressionnant depuis le haut de cet ilot. Nous nous rendons compte de l’immensité du lieu en remarquant que la tente est seulement de la taille d’une fourmi.

 

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L'immensité du salar d'Uyuni


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 Bivouac au pied de Isla Grande

 

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 Vue depuis le haut de Isla Grande

 

La nuit est ventée mais la température est positive. Nous faisons un petit déjeuner avec de bons rayons de soleil qui nous réchauffent les os. Cette situation est rare car le soleil est généralement caché par les reliefs environnants mais ici le plat parfait du salar nous profite. Nous repartons avec pour objectif atteindre la ville d’Uyuni pour plusieurs raisons : une douche, un lit, une lessive et l’arrivée de mes parents. Nous passons à coté de l’ile de Incuhasi aussi recouverte de cactus et des hôtels de sel. Ce sont des bâtiments fabriqués avec des briques de sel du salar. La deuxième partie du salar se fait cette-fois ci sur une piste bien tracée par les 4*4 de tours opérateurs et sur laquelle notre roue ne rencontre plus aucune résistance. Les derniers kilomètres se font à vitesse grand V. Nous retrouvons une route asphaltée, le vent nous est très favorable et la motivation est au maximum. Nous atteignons ce bourg de 5000 habitants aux rues désertes pleines de déchets et de sable.

 

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 Isla Incahuasi

 

Une fois, le « camp de base » trouvé, nous en profitons pour nous faire « beaux » (tout de même 11 jours sans l’ombre d’une douche !) pour l’arrivée du petit Jimmy de marque Suzuki qui va nous rejoindre le 7 Aout pour une grosse dizaine de jours.  

 

L’itinéraire Sabaya – Uyuni en quelques chiffres :

-          Distance : 298 km (dont 80 km de pistes et 195 km sur salar)

-          Dénivelé positif cumulé : 430 m

-          Durée : 3 jours et demi de tandem

-          Cols : 0

-          Salars traversés : Salar de Coipasa, Salar de Uyuni

-          Difficultés du parcours : Zones d’enfoncement en entrées et sorties des salars (mix terre/sel), beaucoup de sable et de tôle ondulée entre les deux salars

-          Nuitées : 1 nuit sous tente, 1 nuit dans local chez habitant, 1 nuit en hôtel rustique (ni douche, ni WC)

 

 

Côté actualités, les éléments naturels (ou non !) semblent se déchainer sur les coins de la planète que nos roues ont foulées (merci à Esther) :

-          Séisme à Katmandou, au Népal, le 25 Avril 2015, où plusieurs sites historiques que nous avions visité il y a 13 mois ont été réduits en miette

-          Entrée en éruption du volcan Cotopaxi, en Equateur, le 14 Aout 2015, sur les flancs duquel nous avons bivouaqué il y a deux mois et demi. Il n'y avait pas eu de véritable éruption depuis 1877.

-          Attentat à Bangkok en Thaïlande le 17  Août 2015, pile là où on à fait le décompte au jour de l'an. 

 

Lien concernant la perte de l’accès au littoral par la Bolivie :

http://www.liberation.fr/monde/2014/04/25/le-chili-refuse-a-jamais-l-acces-a-la-mer-a-la-bolivie_1004530



28/08/2015
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