TDM tandem

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Du 7 au 21 Août 2015 : Le Sud de la Bolivie

Nous arrivons avec un peu d’avance dans la ville de Uyuni, une ville plate et sans attrait aux rues rectilignes et aux bâtiments en briques brutes, comme tant d’autre en Bolivie.

 

Le jour suivant, nous sommes rejoints par Lydie et Patrick qui ont suivi nos traces dans les salars de Coipasa et d’Uyuni à l’aide d’un 4*4 de location. On profite d’une petite journée supplémentaire à Uyuni pour réaliser un peu de maintenance à l’aide du matériel fraichement rapporté de France (changement du disque de frein arrière, changement du grand plateau, retouche de peinture, installation de notre nouvelle béquille…) ainsi que pour préparer notre excursion en 4*4 pour les deux semaines qui suivront.

 

Le lendemain, après avoir relevé le défi de caser toutes nos affaires (dont 40 litres d’essence et de la nourriture pour 7 jours !) dans notre minuscule véhicule, nous nous élançons en direction du Sud Lipez, une vaste zone située majoritairement entre 4000 et 5000m d’altitude et réputée pour ses paysages variées et spectaculaires. A peine une heure de voiture et nous faisons notre première performance : nous crevons la roue arrière. Enfin crever est un euphémisme, il faudrait plutôt dire que nous déchiquetons (photo ci-dessous à l’appui). Pas le choix, il nous faut  retourner à Uyuni pour trouver une nouvelle roue de secours, indispensable pour notre traversée du Sud Lipez dans lequel il nous serait impossible d’en trouver une nouvelle. Après avoir parcouru toute la ville, nous dénichons la roue souhaitée et le bonhomme pour nous la monter et faisons notre second départ de la journée sous une tempête de sable qui ne nous invite pas à sortir de notre véhicule excepté pour trouver un logement le soir.

 

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 Beau score ! 

 

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 Tempête de sable à Uyuni

 

Les jours qui suivent nous permettent de rejoindre la réserve Eduardo Avaroa, au cœur du Sud Lipez. Les paysages sont assez similaires à ceux que nous avons rencontrés dans le Nord du Chili et les lagunes se multiplient au fur et à mesure que nous avançons. Tout ce secteur de la Bolivie est extrêmement isolé et les rares villages que nous croisons sont majoritairement abandonnés. Sur la route, quelques surprises dont des renards, des flamands roses, des viscaches et bien sur les fidèles lamas, alpagas et vigognes. La Bolivie reste fidèle à elle-même et les pistes sont exécrables avec de la tôle ondulée presque en continu. Faire ce parcours en 4*4 de location reste un petit coup de poker car en cas de panne au beau milieu du circuit, les choses deviendraient vraiment compliquées…..

 

IMG_2833.JPGFlamingos


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 Renard des Andes

 

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Arbol de Piedra

 

Nous arrivons ensuite à proprement parler dans la réserve où les paysages sont les plus spectaculaires : lagunes rouges et vertes, superbes déserts, montagnes aux couleurs surréalistes… Bref, les photos parlent d’elle-même. Au milieu de tout ça se cachent même quelques geysers et des  thermes d’eau chaude vivement appréciés étant donné le froid assez vif dans la région (que nous ferons même sous quelques flocons de neige).

 

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 Laguna Colorada (réserve Eduardo Avaroa), pas trop rouge de ce côté

 

 

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Laguna Colorada déjà plus rouge

 

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Site des geysers del "Sol de la manana"


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Thermes de Polques


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Ca secoue, comme d'hab



IMG_3103.JPGDésert de Dali


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En direction de la laguna Verde

 

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Laguna Verde. Manque de bol, la météo ne fait pas vraiment ressortir la couleur verte de la lagune !

 

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Sur le retour de la laguna Verde


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Repas à la frontale dans un local que l'on nous met à disposition

 

Les pistes nous conduisent ensuite vers la ville de Tupiza. Toujours d’immenses étendues vierges et des paysages changeant : canyons et cactus sont de plus en plus présents. La conduite est plus sportive sur ce tronçon moins emprunté et permet à Patrick de s’essayer aux passages à gués gelés qui sont nombreux dans le coin. L’un d’eux notamment nous pose question : que fait-on si le 4*4 reste bloqué au milieu de la glace ? On essaye de briser l’épaisse couche de glace au préalable avec des pierres mais celles-ci ricochent lamentablement sur la surface. Au final, notre petit Jimmy s’en sort pas trop mal. Le parcours est aussi une sorte de jeu de piste car la route est souvent coupée par des saignées (dues aux précipitations de pluie qui creusent le terrain) et il faut trouver les échappatoires plus ou moins marqués.

 

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 "De toute façon, on a pas le choix" dirait Patrick avant de se lancer. 

 

Notre idée d’origine était de réaliser le long du parcours l’ascension de l’Uturuncu, un 6000m relativement facile du fait de la faible quantité de neige au sommet. Après un lever à 4h30 (pour profiter de l’absence relative de vent du matin), l’absorption de bonnes quantité de maté de coca (thé de coca) pour lutter contre le mal d’altitude, nous commençons notre approche en 4*4 afin d’accéder au point de départ de la randonnée. Malheureusement, notre petit Jimmy se révèle sous dimensionné pour traverser les saignées et les passages à gué gelés de la piste d’approche et nous devons nous résigner à faire demi tour et reprendre la piste vers Tupiza.

 

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 Plusieurs nandous le long de la piste

 

Si l’on ne peut que recommander cet itinéraire pour les paysages rencontrés, il faut par contre savoir faire abstraction du confort. Nous avons toujours réussi à trouver un local ou un petit hôtel rudimentaire sur la route. En revanche, les douches sont inexistantes de même que le chauffage. Les toilettes ne sont jamais acquises par avance de même que l’électricité qui peut se révéler capricieuse. Quand vous ajoutez à cela des températures très basses couplées à des vents souvent violents voire des tempêtes de sable, vous obtenez un confort plutôt superficiel et des journées assez fatigantes.

 

Avant d’atteindre Tupiza, nous dénichons un local pour la nuit dans la ville minière de San Vicente. Encore un village qui interroge sur les infrastructures souvent limités en Bolivie. Si les travailleurs jouent pour la plupart avec leur smartphone dernier cri, il n’y a en revanche pas l’eau courante dans les bâtiments et seulement quelques blocs de toilettes publics pour l’ensemble du village où l’hygiène est déplorable (à proximité de ceux-ci des sortes d’abreuvoir remplis d’eau gelée sur 4 cm  de profondeur qu’il faut systématiquement briser pour se laver les mains ou recréer une chasse d’eau après votre passage).

 

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 Les toilettes collectifs conviviaux de San Vicente (pas de porte entre les toilettes) avec abreuvoir gelé

 

Après cette section très isolée, nous profitons sur la deuxième partie du parcours de la traversée de plusieurs villes pour renouer avec un peu plus de confort. Nous passons tout d’abord par la ville de Tupiza, située dans un décor assez unique de canyons rouges et verts que nous découvrirons en 4*4 et à pied.

 

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Vallée de los machos

 

La route (asphaltée, cette fois-ci) nous conduit ensuite à Sucre, capitale constitutionnelle du pays (et non, ce n’est pas La Paz !). Patrick en profite pour faire connaissance pour la deuxième fois avec les autorités de police pour un petit excès de vitesse théorique de 30km/h. Pourquoi théorique ? Car il semblerait bien que le gendarme ait oublié de réinitialiser son radar après la dernière arrestation… No comment. Bref, un peu de baragouinage en Espagnol par Elise et, pour la seconde fois l’excès de vitesse n’aura pas de suite.

 

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Route en direction de Sucre

 

La ville de Sucre est de loin la plus jolie que nous ayons vue du pays et dénote radicalement avec le reste de la Bolivie aux villes et villages déserts en briques nues. Ici, les façades blanches ou colorées, les bâtiments coloniaux, les parcs et places boisés nous rapprochent de chez nous. On retrouve la touche spécifique des autres grandes villes que nous avons déjà croisées en Amérique du Sud, qui ont également subi l’influence Espagnole durant la colonisation. Il est d’ailleurs impressionnant de prendre conscience toujours d’avantage à chaque ville que nous traversons de l’immensité du territoire que l’Espagne a colonisé. Comment un si petit pays a été en mesure de s’imposer sur de telles surfaces ?

 

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Plaza de 25 de mayo, Sucre


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 Le drapeau bolivien avec le Cerro Rico, au centre, dont nous parlerons plus loin

 

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Mur avec empreintes de dinosaures du parc Cratecico dans la carrière d'une cimenterie


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 Sacrés bestiaux tout de même !

 

La dernière ville sur notre route est celle de Potosi, dont la particularité est d’être construite au pied du Cerro Rico (« colline riche »), une vaste mine où travaillent encore environ 6000 hommes aujourd’hui dans des conditions précaires.

 

Nous profitons de cette spécificité pour réaliser deux visites intéressantes. La première est celle des mines à proprement parler. La visite réalisée par un ancien mineur est extrêmement intéressante. On y découvre le travail pénible des mineurs tel qu’il devait l’être en France au 18ème siècle dans des conditions de travail rudimentaires et dangereuses. La visite est rythmée par le bruit des explosifs utilisés quelques étages plus bas. Nous longeons des rails où les mineurs poussent des chariots remplis de minerais jusqu’à la lumière du jour. Pour les plus chanceux, ils accèdent aux étages inférieurs par des échelles en bois, pour les autres il faut passer d’un « étage » à l’autre à l’aide d’une simple corde lisse. Les conditions de travail n’ont du que très peu évolués dans le temps. Les seules installations sont un réseau d’air comprimé qui dessert les galeries par intermittence pour évacuer la poussière et permettre aux hommes de respirer ainsi que quelques câbles électriques ayant pour unique vocation d’alimenter les treuils permettant de remonter le minerai depuis les étages inférieurs et les marteaux piqueurs.

 

Quelques ordres de grandeurs qui en disent long sur la taille de la mine, son déclin et les conditions de travail des mineurs :

-          La plus grande mine d’argent de l’histoire de l’humanité (180 kilomètres de galeries, 200 entrées)

-          4 minerais extraits (argent, zinc, étain et fer)

-          Un peu moins de 500 ans d’activité (dont 3 siècles d’exploitation par l’Espagne)

-         Au 17ème siècle, la ville de Potosi était la plus grande ville des Amériques. Elle était aussi grande que Paris et Londres avec ses 165 000 habitants. En 1825, elle ne comptait plus que 9000 habitants suite à l’épuisement des filons d’argent.

-          Environ 6000 travailleurs aujourd’hui. Le nombre aurait diminué de moitié environ deux semaines avant notre passage, du à la baisse de la valeur des minerais provoquant par la même occasion l’une des plus grosses grèves de l’histoire de la Bolivie

-          Le génocide de 8 millions d’indigènes dans les mines de Potosi, condamnés au travail forcé par les colons Espagnols

-          Espérance de vie actuelle des mineurs : 40/45 ans.

-          Aujourd’hui encore, entre 20 et 25 accidents mortels par an, principalement liés au gaz

-        Au début de l’activité de la mine, on pouvait espérer extraire 800kg d’argent pur sur une tonne de minerai extraite. Aujourd’hui, cette valeur est de l’ordre de 10 grammes sur une tonne !!!

-          Un coût d’extraction aujourd’hui tellement élevé que les mineurs s’emploient eux même et exploitent leur filon.

 

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Potosi et le Cerro Ricco en arrière plan


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Le marché des mineurs, où se fait notamment l'approvisionnement en dynamite


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Chariots à la sortie de la mine


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Filon d'argent au centre


DSC09725.JPGExtraction du minerais vers l'extérieur grâce aux chariots poussés manuellement


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Remontée rapide des mineurs depuis les étages inférieurs (à la corde!) suite à la pose de dynamite dont ils comptent les détonations pour s'assurer que tout a bien déclenché


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La seconde visite, qui se situe dans la continuité de la première est la visite guidée (en Français s’il vous plait !) de la « casa de la Moneda ». Comme son nom le suggère, c’est dans ce bâtiment que l’argent (et l’or, en moindre quantité) issu directement de la mine était fondu en lingot, puis laminé à l’aide de presse (à la force des esclaves ou des chevaux dans un premier temps, puis à vapeur, et enfin électrique) avant d’être frappé. Cette production de monnaie, à destination majoritaire de l’Espagne et en moindre mesure de la Bolivie, fut stoppée au début du 20ème siècle faute de rendement et la monnaie Bolivienne est désormais fabriquée à l’internationale (dont en France, pour certains billets !).

 

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Casa de la Moneda


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 Coffre fort pour garder les lingots

 

Afin de boucler la boucle, nous reprenons la route direction Uyuni où notre tandem nous attend. C’est ici que se finissent ces 10 jours en famille, moins reposant qu’on aurait pu le penser mais très sympathiques pour autant. Nos routes se séparent ici. Pour Lydie et Patrick, ce sera direction le Nord et plus précisément La Paz où l’avion pour la France les attend. Pour nous : le Sud, direction le Chili, pour la troisième fois déjà !

 

DSC09775.JPGRetour vers Uyuni

 

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Cimetière des trains, Uyuni


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02/09/2015
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